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Livre III/ Proposition d’une méthode pour l’axiologieI/ Où chercher la valeur des choses ?A/ dans l’objet ?Quand on cherche la valeur des choses, le réflexe le plus naturel est probablement de chercher celle-ci dans les choses elles-mêmes. C’est ce réflexe que nous nommerons l’objectivisme axiologique. Valeur scrutée dans la chose elle-même, au cœur de celle-ci, interrogée de diverses manières, par plusieurs méthodes ; c’est en étudiant le monde lui-même qu’on découvrira sa valeur. L’échec de cette attitude nous semble évident, si l’on admet que les valeurs ne sont de fait toujours pas fondées. Nous avons déjà examinées quelques-unes des méthodes latentes, non thématisées explicitement, que l’objectivisme avait pu utiliser : la méthode qualitative, hédoniste… mais il nous reste à interroger les deux méthodes qui ont été privilégiées par l’objectivisme et conceptualisées en propre : l’intuitionnisme et les projets d’une axiologie formelle. 1/ L'intuitionnisme axiologique1/ présentation de l’intuitionnisme des valeurs Il est peut-être impropre de qualifier l’intuitionnisme de « méthode ». Une méthode en effet se caractérise comme un ensemble de procédés, de « ruses » que l’on va mettre en oeuvre afin d’atteindre une vérité que l’on n’arrive pas à saisir immédiatement. Une méthode présente les règles par la médiation desquelles on va atteindre un but. Or ce que soutient l’intuitionnisme axiologique, c’est précisément qu’il n’est pas besoin de recourir à la médiation de telles ou telles règles pour saisir la valeur d’une chose, mais que celle-ci se donne immédiatement à nous. D’autre part, une méthode se donne comme un ensemble de règles pour parvenir à la solution d’un problème. Pour l’intuitionnisme au contraire, le problème des valeurs ne se pose pas. Par là nous ne voulons pas dire que pour celui-ci la solution du problème des valeurs est évidente, mais plus radicalement : il n’y a pas de problème des valeurs. La valeur de telle ou telle chose se donne immédiatement à nous, sans même qu’on n’ait besoin de l’interroger. Chacun sait très bien ce qui a une valeur et ce qui n’en a pas, parce qu’une faculté en nous, l’intuition, nous le révèle immédiatement. Ceux qui se posent le problème des valeurs apparaissent alors comme ces philosophes qui « recouvrent tout d’un nuage de poussière, à force de tout soulever, et qui se plaignent de ne plus y voir » dont parle Berkeley dans ses Principes de la Connaissance humaine. Autrement dit : la réflexion philosophique n’a pas amené l’homme à découvrir un problème, le problème des valeurs, mais à créer de toute pièce un problème artificiel là où il n’ y a que des solutions, ou plutôt -puisqu’une solution suppose un problème antérieur- des faits. 1. Discours de la Méthode |