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3/ L’amour de l’art
L’art peut-il être déclaré valeur suprême, comme on a pu quelquefois le soutenir ?
La difficulté surgit de ce qu’on a du mal à proposer un concept clair de l’art, c’est-à-dire à identifier ce qui vient conférer un point commun à la peinture, la sculpture, la poésie… Il semble que tout puisse être dit artistique, y compris des situations de guerre… l’art contemporain s’amuse malicieusement à montrer le caractère indéfini de ce concept.
Si en fait aucun lien n’existait entre ces différents genres d’art, alors il faudrait non seulement abandonner tout effort de détermination de la valeur de l’art, mais aussi ne plus employer ce concept (mais parler de musique, de peinture,… seuls concepts ayant réellement un sens).
Pour notre part, nous avons dans notre enquête antérieure sur l’esthétique proposé un lien, un point commun entre les différents arts (c’est-à-dire, un contenu pour le concept de l’Art). Toute œuvre d’art présente pour nous une expérience de valeur, souvent inédite, qui ne pourrait se vivre ailleurs. Tout art se présente donc comme le lieu où peut se vivre des expériences de valeur spécifiques.
L’Art présente donc toujours au spectateur quelque chose que l’artiste considère avoir une valeur. Toute oeuvre pose implicitement qu’il y a un intérêt, donc une valeur, à ce qu’elle représente (cela peut-être le contenu du tableau, ou la forme sous laquelle ce contenu, pour lui-même méprisé, est représenté, ou encore autre chose) : elle le célèbre donc.
Cette définition de l’art comme « célébration » est peu dogmatique, car elle repose uniquement sur le geste le plus simple et le plus essentiel à l’art ; le simple geste de prendre un pinceau (ou un burin, ou le premier objet d’une « installation » etc…). Ce simple geste révèle qu’on attribue une valeur à ce à quoi il va servir (sinon on ne le ferait pas)).
Si l’on nous objecte qu’il y a des artistes qui dénoncent en leurs oeuvres, plutôt que célébrer, nous répondons à cela que dénoncer quelque chose revient à célébrer son contraire: une oeuvre d’art qui s’attaque à la tyrannie célèbre implicitement la liberté.
Cette définition de l’art comme célébration, comme « affirmation de valeur », pose alors une détermination essentielle de celui-ci : l’art est un mode spécifique d’amour. Plus précisément : l’art est ce genre d’amour qui engendre techniquement l’aimé, qui le réalise, qui lui donne vie, lui confère l’existence.
Or nous venons d’essayer de montrer que l’amour ne pouvait être la valeur suprême. Si l’art est mode d’amour, il ne peut requérir pour lui-même ce caractère axiologique.
C’est donc encore ailleurs qu’il nous faudra chercher la valeur suprême, s’il en existe une.