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b/ conséquence de cette seconde loi : invalidation de certaines positions axiologiques


    1/ L’amour du luxe

Le principe d’universalisation permet tout d’abord de rejeter toutes les doctrines axiologiques fondées sur ce qu’on pourrait appeler le « principe de collection » ; par là nous entendons les doctrines qui fondent la valeur de leur objet sur le fait que celui-ci ne soit pas universalisable.
    
Un des exemples le plus significatif de ces doctrines est celle que l’on peut voir se déployer dans l’univers du luxe.
L’homme fasciné par la richesse peut simplement souhaiter jouir des plaisirs que procurent les innombrables objets qui peuplent et encombrent l’univers du luxe. Ce n’est alors qu’un simple hédonisme, qui accorde une valeur non pas à ces objets, mais au plaisir lui-même que ces objets permettent de procurer. Cet hédonisme classique n’est pas la doctrine axiologique qui nous intéresse ici. Ce que nous voulons examiner, c’est la position axiologique adoptée par l’ « amant du luxe », celui qui aime le luxe pour lui-même, ces objets pour eux-mêmes, le diamant pour lui-même : le matérialisme des valeurs.
Ce qui se trouve au fondement du matérialisme axiologique, c’est le « principe de collection », qui consiste en une certaine théorie sur les valeurs, l’on pourrait résumer ainsi : « ta valeur, c’est ta rareté ». Tel est le principe qui pousse aussi les philatélistes à collectionner les timbres, et de manière générale les collectionneurs à rechercher pendant de longues années tel ou tel objet dont on peine souvent à comprendre l’intérêt.
L’amant du luxe n’aime pas le caviar pour lui-même. Il aime le caviar parce que c’est un luxe, que peu de gens peuvent se payer. Plus le produit sera rare (venant de telle ou telle région, de tel ou tel fleuve, de telle race de poisson dont il est rare de trouver des exemplaires), plus il sera prisé. Si tout le monde venait à manger du caviar, le matérialiste fixerait son « amour » sur un autre objet, et repousserait avec mépris ce dont il était auparavant « entiché » (ce en quoi on voit que le principe de collection est lié au principe de « mode »). De même, si tout le monde avait une voiture de course, ces bolides seraient considérés comme « vulgaires » ou « communs » par le matérialiste et ses suffrages se tourneraient alors vers autre chose, d’autres moyens de locomotion, plus rapides et très rares.
On voit ainsi que le prétendu amour du matérialiste n’en est pas, mais consiste plutôt en un genre de mépris déguisé qu’on pourrait résumer ainsi : « je t’aime parce que tu es rare » ou « je t’aime, parce que tu es peu » et « plus tu seras peu, plus je t’aimerais ». Son prétendu amour ressemble à celui que présenterait un être épris de justice, mais qui ne souhaiterait l’instauration de la justice que dans son pays.
L’exemple le plus significatif du matérialisme est probablement celui de l’avare, c’est-à-dire l’être qui prétend aimer l’argent pour lui-même (tout autre ne considérant l’argent que comme un moyen pour autre chose). Ce qui fonde la valeur de l’argent, c’est qu’il est un métal rare (sinon on aurait choisi des brins d’herbe comme pièce de monnaie !). Ce qui fonde sa valeur, c’est donc le fait qu’il ne soit pas universalisable.
De cette description rapide, on peut peut-être se permettre de conclure : le matérialisme axiologique (ou amour du luxe) est un genre de mépris, et comme les objets du luxe, lorsqu’ils sont visés pour eux-mêmes, ne sont accessibles que par un genre de mépris, on peut déduire qu’ils n’ont aucune valeur par eux-mêmes, parce qu’il n’y a en réalité aucune manière possible de les aimer. En revanche, ils constituent, de fait, un objet de désir.
    Tous les objets visés sur un mode reposant sur le « principe de collection » nous semblent ainsi être privés de toute valeur propre (en revanche, encore une fois, ils peuvent avoir une valeur dérivée, s’ils ont une quelconque affinité avec ce qui serait la valeur suprême, s’il en est une).


    2/ L’amour de l’amour

On entend parfois dire que la valeur suprême serait l’amour, la plus basse le contraire de l’amour, c’est-à-dire la haine. Une telle idée reviendrait à dire: je n’aime finalement pas la chose, mais l’amour lui-même des choses.
Là encore, le principe d’universalisation nous semble invalider une telle doctrine axiologique, pourtant séduisante à bien des égards.
Universalisé, notre amour pour l’amour nous amènerait en effet à nous dépouiller de toute pensée négative pour quelque contenu de sens que ce soit. Il s’agirait de tout aimer, y compris le mal, la violence, le néant, et finalement, la haine elle-même, principe opposé à celui que l’on prétend aimer, et à laquelle on accordait pourtant au départ la valeur la plus basse. Si l’on accordait alors une valeur à la haine, au mal, et finalement, à tout ce qui s’oppose à l’amour, on retomberait alors dans un Eclectisme classique, dont nous avons déjà montré  qu’il ne s’agissait pas d’un réel mode d’amour.
On le voit : l’amour lui-même ne peut être la valeur suprême, parce que l’universalisation de notre rapport à celui-ci nous plonge dans des contradictions qui fondent son impossibilité.