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    3/ le principe d’universalisation


    a/ Définition du principe d’universalisation

On sait que Kant a proposé dans sa Critique de la raison pratique un principe d’universalisation pour déterminer ce qui était moral : « Agis comme si la maxime de ton action pouvait servir de base à une législation universelle ». Ce principe –l’impératif catégorique- a parfois été présenté comme un fondement de la morale, alors qu’il nous semble pour notre part qu’il ne peut s’agir là que d’une formule casuistique qui permet de différencier, parmi les comportements possibles, ceux qui sont moraux et ceux qui sont immoraux. Les comportements conformes au devoir sont ceux qui peuvent être universalisés, les actes qui violent notre devoir sont ceux qui ne peuvent être universalisés.
Par exemple, violer une promesse que l’on a faite est immoral, parce que si le principe qui sous-tend notre action était universalisé (si personne ne respectait ses promesses) alors on parviendrait à une impossibilité (plus personne ne se fierait aux promesses d’autrui). De même rendre un dépôt d’argent que l’on nous a confié est moral, parce que si l’on universalisait le comportement qui consiste à le garder pour soi, alors, plus personne ne ferait de dépôts d’argent.
Autrement dit, cette formule ne nous semble pas nous permettre de répondre à la question « pourquoi être moral ? », mais plutôt « qu’est-ce qui est moral ? ».
    
 Le principe kantien d’universalisation a naturellement subi de nombreuses critiques, de la part d’Hegel, de l’utilitarisme, de Bergson ou Sartre. On lui a particulièrement reproché de ne pouvoir, dans son abstraction, s’appliquer dans la vie réelle, pour déterminer ce qui est moral.
    Pour notre part, il nous semble que le principe d’universalisation est improprement attribué par Kant au devoir. En fait, il s’agit là d’une condition essentielle de l’amour : il faut que notre rapport à l’objet puisse être universalisé pour qu’il puisse s’agir d’amour.
    Prenons un exemple : aimer la justice, ce serait non pas vouloir que celle-ci soit appliquée dans son propre pays, mais dans tout système politique existant en général. Aimer la nature, ce serait non pas vouloir que celle-ci soit respectée (d’un point de vue écologique) dans tel ou tel pays, mais qu’elle le soit dans tout pays. Aimer le néant, ce serait vouloir qu’ « il n’y ait plus que néant ».
    Supposons que notre élan vers l’objet aimé ne porte pas en lui ce principe d’universalisation, alors il nous faudrait dire que notre rapport à l’objet n’est pas de l’amour, mais bel et un mépris déguisé.
    Pour nous, le principe d’universalisation n’est donc pas utile pour discerner ce qui est notre devoir de ce qui n’en relève pas, mais pour discerner les amours authentiques des genres de mépris qui se donnent improprement comme tels.
    De ce fait, ce principe va nous permettre de continuer à déterminer la valeur des choses ; puisque, selon notre méthode, avoir une valeur c’est être aimable, trouver une loi essentielle de l’amour (savoir ce qu’est aimer) nous permettra de déterminer ce qui a une valeur.
    Le principe d’universalisation, dans sa formulation exhaustive, sera : « si l’on ne peut avoir de rapport à un contenu de sens=X que par un élan dont la maxime ne peut être universalisée, alors ce contenu de sens n’a aucune valeur ».
     Dans sa formulation courte : « ce qui n’est pas universalisable n’a pas de valeur ».
    Voyons quelques positions axiologiques que ce principe nous permet à présent de rejeter.