Proposition 11
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c/ conséquence de cette première loi : invalidation de certaines positions axiologiques éthiques
Nous avons par là même, semble-t-il, invalidé un nombre important de positions axiologiques que notre épochè des valeurs avait jusque là épargnées : à vrai dire, toutes celles qui affirment la valeur suprême d’un individu ou d’un genre n’ayant pas de contraire.
Ainsi par exemple l’humanisme (doctrine par laquelle nous entendons l’affirmation que l’Homme est ce qui a le plus de valeur), et à plus forte raison l’égocentrisme ou l’égoïsme (l’idée que ce qui a le plus de valeur, c’est le Moi), peuvent être rejetées, parce qu’elles attribuent la plus grande valeur à un individu, ou à un genre qui n’a pas de contraire.
Certes le Moi a un contraire, Autrui. Mais il s’agit de là du Moi comme genre, comme concept, et non de tel ou tel moi déterminé. Or ce que l’égoïste prétend, c’est que c’est son moi concret et déterminé qui a une valeur, non pas le Moi en général. Or ce moi individuel, chéri par l’égoïste, n’a pas de contraire : Pierre n’a pas pour contraire Jean, il est simplement différent de lui.
Cela ne signifie pas que l’homme et le « moi » n’ont aucune valeur, et sont méprisables ; cela signifie qu’ils n’ont pas de valeur par eux-mêmes mais qu’ils peuvent acquérir une valeur indirectement, s’ils ont une affinité quelconque avec la valeur suprême. Par exemple, supposons que l’on découvre que la morale a une valeur par elle-même, alors l’homme ou le « moi » auront également une valeur, s’ils sont moraux, s’ils se livrent à des actions justes, etc. Par là nous voulons dire que l’homme ne sera jamais aimable en tant qu’homme (ce qui s’oppose à la notion contemporaine, inspirée de Kant, de « dignité humaine »), mais en tant, éventuellement, qu’il sera moral. De même Pierre ne pourra avoir une valeur en tant qu’il est Pierre, mais parce que son « moi » participe de quelque manière que ce soit à ce qui a la valeur suprême.
d/ Principe d’économie dans la recherche axiologique
Nous allons donc chercher la valeur suprême dans un genre, plutôt que dans un individu. On peut remarquer au passage que la notion de « genre » va nous être précieuse pour faciliter la recherche axiologique. Si en effet nous avions à chercher pour toute chose individuelle si elle a une valeur, notre recherche, vu la quantité de celles-ci, ne connaîtrait pas de fin (par exemple, si nous avions à rechercher si telle poire a une valeur, puis telle autre, etc). Mais ce qui nous fera gagner du temps, c’est que comme toutes ces choses rentrent parfaitement sous le genre fruit, nous pourrons aller plus vite en cherchant directement la valeur du fruit. Pourtant, ce serait encore trop long, si nous devions chercher la valeur des fruits, puis des légumes, puis des viandes, etc. Aussi comme toutes ces choses à leur tour rentrent parfaitement sous le concept de nourriture, nous trouverons la valeur de toutes ces choses en même temps si nous trouvons la valeur de la nourriture. Pour aller encore plus vite, on pourra même écouter et étudier le discours qui prête une valeur à la nourriture, puisque c’est ce dont nous voulons débattre, c’est-à-dire la gastronomie.
Ainsi, pour trouver rapidement la valeur de l’individu, nous chercherons la valeur du genre ; et nous utiliserons constamment ce principe d’économie.