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III/ détermination de la méthode de l’axiologie à partir du concept d’amourA/ Redéfinition fondamentale du concept de valeur et formulation de notre méthodeNous avons proposé antérieurement1 une définition provisoire de la valeur : avoir une valeur, ce serait être « digne d’amour », ou encore « occuper une place élevée dans la hiérarchie des êtres ». Cette définition ne pouvait qu’être provisoire, car imparfaite. Son imperfection provenait du fait qu’elle utilisait des termes qui contenaient en eux-mêmes la notion qu’il fallait précisément définir : celle de valeur. En effet, la notion de valeur est impliquée dans celle de « dignité », et dans celle de « hiérarchie ». Cette évidente pétition de principe, que nous avions déjà signalée, condamne cette définition, bien que celle-ci ait eu néanmoins le mérite d’éclaircir dans une certaine mesure ce que nous entendions par valeur. D’autre part, la notion de dignité, dans l’expression « digne d’amour », relève du droit, puisque être digne d’amour revient à être de « plein droit objet d’amour ». Cela revient à faire du problème des valeurs la recherche de ce que l’on peut aimer, de droit. Cette idée est nécessairement liée à celle d’une discipline de l’amour, et il n’est guère étonnant de la trouver formulée chez Augustin : « C’est vivre selon la justice et la sainteté que d’estimer exactement les choses ; celui qui a de l’ordre dans son amour aime ce qui doit être aimé et n’aime point ce qui ne doit pas l’être. Il aime moins ce qui est moins aimable ; il aime plus ou moins ce qu’on ne doit pas aimer également et il n’aime ni plus ou moins ce qu’on doit aimer également »2. Or nous avons, pour notre part, tout d’abord soutenu l’idée que le problème axiologique n’était pas un problème moral, que la notion de valeur était irréductible à celle de devoir –donc, par là même, de droit-, contre Kant. D’autre part, la notion de droit ou de devoir est ruineuse : où se trouve ce prétendu devoir ? Dans les nuages ? Se fonde-t-il sur la raison ? Sur Dieu ? Sur le consentement du plus grand nombre ? Que répondre à celui qui dit : ce qui a une valeur, c’est désobéir à son devoir, à Dieu, à la raison, au plus grand nombre ? On le voit : tant que l’on considère que le problème des valeurs relève du droit, ce fameux « droit dans les nuages », on est condamné non seulement à ne pas saisir le problème des valeurs dans sa spécificité propre, irréductible à la morale, mais à ne pas pouvoir y répondre. Pour notre part, nous proposerons une nouvelle définition de la valeur, qui évite soigneusement la notion de droit : avoir une valeur, c’est être aimable, c’est-à-dire « pouvoir » être aimé, de « fait ». Notre définition n’utilise que le concept d’amour ; en fait, le concept –obscur- de valeur s’abîme entièrement dans celui –plus clair- d’amour et il n’est rien hors cela. Il peut même être abandonné et la question : « qu’est-ce qui a une grande valeur ? » être remplacée par la question « qu’est-ce qui est aimable ? ». Or cette absorption du concept de valeur par celui d’amour doit nous donner un indice : l’amour ne serait-il pas la clé du problème des valeurs ? Puisqu’on cherche ce qui est aimable (ce qui peut être aimé), n’est-ce pas par une élucidation du concept d’amour qu’on le trouvera ? Jusqu’ici, on a cherché en vain la solution du problème des valeurs soit dans l’objet, soit dans le sujet (objectivisme ou subjectivisme); que l’on essaie enfin de voir si on ne trouve pas cette solution dans leur rapport, c’est-à-dire dans l’amour. On pourrait résumer ainsi notre proposition : si tu veux savoir ce qui est aimable, adresse-toi à l’amour lui-même. Nous avons vu en effet, parfois que l’on méprisait, lors même qu’on croit aimer. Ce mépris vient de ce qu’on viole certaines conditions essentielles à l’amour, autrement dit, des « lois » de l’amour. Leur violation fait que notre rapport à la chose devient fondamentalement une insulte, donc un mépris, sans qu’on s’en doute (est loi de l’amour ce dont la violation constitue une insulte). Nous saurons donc qu’une chose qui viole une seule loi de l’amour n’est pas aimable. Pourquoi? Car nous savons que la violation de ces lois nous fait entrer non pas dans l’amour, mais dans un mépris déguisé. Or si nous ne pouvons accéder à une chose que par un ou plusieurs mépris déguisés, c’est qu’elle est méprisable, puisque nous ne pouvons, de fait, y accéder que par mépris, et qu’il n’y a aucun moyen d’avoir un rapport d’amour avec elle. Ne pouvant être que méprisée, elle ne peut être aimée: elle n’est donc, tout simplement pas aimable, car on ne peut, de fait, littéralement, l’aimer. 1. Chapitre I, II, A 2. Doctrine chrétienne, I, 27, 28 |